La mesure de la qualité de l’air intérieur permet de transformer une impression subjective — air confiné, humidité, inconfort — en données concrètes et exploitables.
Dans un bureau, une école, une crèche ou tout autre bâtiment occupé, la qualité de l’air évolue au cours de la journée. Elle dépend notamment du nombre d’occupants, du renouvellement de l’air, du fonctionnement de la ventilation, des matériaux présents et des activités réalisées dans les locaux.
Quels indicateurs faut-il surveiller ? Comment interpréter la concentration en CO₂ ? Quelle différence existe-t-il entre une campagne ponctuelle et une mesure continue ? Voici les principales informations à connaître pour mettre en place une surveillance efficace de la qualité de l’air intérieur.
Qu’est-ce que la qualité de l’air intérieur ?
La qualité de l’air intérieur, souvent désignée par l’acronyme QAI, correspond à la qualité de l’air respiré à l’intérieur des bâtiments.
Elle peut être influencée par plusieurs catégories de polluants ou de paramètres environnementaux :
- les composés organiques volatils, ou COV, émis notamment par certains matériaux, peintures, colles ou produits d’entretien
- les particules fines
- le monoxyde de carbone
- le formaldéhyde et le benzène
- le radon dans les zones concernées
- les polluants biologiques comme les moisissures ou certains allergènes
- la concentration en dioxyde de carbone
- la température et l’humidité relative.
Le CO₂, la température et l’humidité ne permettent donc pas, à eux seuls, d’identifier tous les polluants présents dans un bâtiment. Leur suivi fournit néanmoins des informations essentielles sur le confinement des locaux, le confort des occupants et le fonctionnement des systèmes de ventilation.
Pourquoi mesurer la qualité de l’air intérieur ?
La mesure de la qualité de l’air intérieur répond à plusieurs objectifs.
Vérifier le renouvellement de l’air
Dans un local occupé, la concentration en CO₂ augmente principalement sous l’effet de la respiration humaine. Une concentration élevée peut révéler un renouvellement d’air insuffisant par rapport au nombre d’occupants présents.
Le CO₂ constitue ainsi un indicateur particulièrement utile pour vérifier le fonctionnement de la ventilation et identifier les pièces régulièrement confinées.
Améliorer le confort des occupants
Une température trop élevée, un air trop sec ou une humidité excessive peuvent dégrader le confort ressenti dans un bâtiment.
Le suivi simultané du CO₂, de la température et de l’humidité permet d’obtenir une vision plus complète des conditions intérieures et de repérer les périodes ou les zones problématiques.
Identifier les dysfonctionnements du système CVC
Une concentration en CO₂ qui reste élevée malgré le fonctionnement de la ventilation peut signaler :
- un débit d’air neuf insuffisant
- une programmation inadaptée
- un équipement encrassé ou défaillant
- une occupation supérieure aux hypothèses initiales
- une mauvaise répartition de l’air dans les locaux.
La mesure continue aide alors l’exploitant à rechercher la cause du problème au lieu de se limiter à un constat ponctuel.
Piloter plus finement le bâtiment
Lorsque les mesures sont remontées dans une gestion technique du bâtiment, elles peuvent être utilisées pour déclencher des alertes, comparer plusieurs zones ou adapter le fonctionnement des équipements CVC.
Une ventilation asservie aux conditions réelles d’occupation peut également limiter la surventilation lorsque les locaux sont peu occupés. L’objectif est de concilier qualité de l’air, confort et performance énergétique.
Quels indicateurs faut-il mesurer ?
Le choix des paramètres dépend du type de bâtiment, de son usage et du problème recherché.
Le CO₂
Exprimée en parties par million, ou ppm, la concentration en CO₂ renseigne principalement sur le niveau de confinement d’un local occupé.
Elle permet de vérifier si le renouvellement d’air est adapté à l’occupation réelle. Le CO₂ ne doit toutefois pas être présenté comme une mesure exhaustive de la pollution intérieure : une concentration correcte n’exclut pas la présence de particules, de COV ou d’autres polluants.
La température
La température influence directement le confort thermique des occupants. Son suivi permet également d’analyser le fonctionnement du chauffage et de la climatisation, de détecter des écarts entre les zones et de vérifier le respect des consignes.
L’humidité relative
Une humidité trop élevée peut favoriser la condensation et le développement de moisissures. À l’inverse, un air très sec peut provoquer une sensation d’inconfort.
La mesure de l’humidité doit être interprétée en parallèle de la température et des caractéristiques du bâtiment.
Les COV, les particules et les polluants spécifiques
Selon le contexte, des mesures complémentaires peuvent être nécessaires :
- particules PM2.5 et PM10
- composés organiques volatils
- formaldéhyde
- benzène
- monoxyde de carbone
- radon.
Ces polluants nécessitent des technologies de mesure et des protocoles adaptés. Une campagne réalisée par un professionnel ou un organisme accrédité peut être indispensable lorsqu’il faut rechercher précisément une source de pollution ou répondre à une obligation réglementaire.
Comment réaliser une mesure de la qualité de l’air intérieur ?
Deux approches peuvent être utilisées. Elles sont complémentaires et ne répondent pas exactement au même besoin.
La campagne de mesures ponctuelle
Une campagne ponctuelle consiste à mesurer certains polluants pendant une période déterminée. Elle peut comprendre des prélèvements, des mesures sur site et des analyses en laboratoire.
Cette méthode est adaptée pour :
- établir un diagnostic initial
- rechercher un polluant particulier
- contrôler la situation après des travaux
- répondre à certaines exigences réglementaires
- déterminer l’origine d’une pollution suspectée.
Le résultat reste toutefois représentatif des conditions observées pendant la campagne. Une mesure ponctuelle peut ne pas détecter les épisodes qui surviennent à d’autres moments de la journée ou de l’année.
La mesure continue avec des capteurs connectés
La mesure continue consiste à installer des capteurs dans les zones représentatives du bâtiment. Les valeurs sont enregistrées régulièrement et peuvent être transmises vers une supervision ou une GTB.
Cette approche permet de :
- visualiser les variations au cours de la journée
- repérer les dépassements récurrents
- comparer les pièces ou les bâtiments
- vérifier l’effet de l’occupation sur le CO₂
- détecter une dérive du système de ventilation
- mesurer les effets d’une action corrective
- conserver un historique des conditions intérieures.
Pour les bâtiments tertiaires, les écoles et les ERP, le suivi continu est particulièrement utile pour passer d’un simple diagnostic à un pilotage opérationnel.
Comment installer correctement un capteur de qualité de l’air ?
La fiabilité de la mesure dépend autant du capteur que de son emplacement.
Le capteur doit être installé dans une zone représentative de l’air respiré par les occupants. Il convient notamment d’éviter :
- la proximité immédiate d’une fenêtre ou d’une porte
- une bouche de soufflage ou d’extraction
- un radiateur ou une autre source de chaleur
- l’exposition directe au soleil
- un angle dans lequel l’air circule peu
- une installation trop proche du visage d’un occupant.
Dans un bâtiment composé de plusieurs zones, il est préférable d’équiper les espaces dont l’occupation ou l’usage diffère : salles de réunion, bureaux, salles de classe, espaces de restauration ou zones à forte densité d’occupation.
Pour mesurer le CO₂, il est recommandé de privilégier un capteur utilisant une technologie NDIR, c’est-à-dire une mesure optique par infrarouge non dispersif.
Comment interpréter une mesure de CO₂ ?
Les seuils doivent toujours être interprétés en fonction du bâtiment, de son occupation et du référentiel applicable.
Dans le cadre de la surveillance réglementaire du confinement de l’air de certains ERP en France, le Cerema présente notamment deux seuils d’action :
| Concentration en CO₂ | Interprétation dans ce cadre réglementaire |
|---|---|
| Inférieure à 800 ppm | Renouvellement de l’air considéré comme satisfaisant |
| Entre 800 et 1 500 ppm | Situation à surveiller et actions d’aération à envisager |
| Supérieure à 1 500 ppm | Renouvellement de l’air considéré comme insuffisant |
Ces valeurs constituent des repères pour l’évaluation du confinement dans les établissements concernés. Elles ne doivent pas être assimilées à des limites sanitaires universelles applicables à tous les bâtiments.
Une mesure isolée est également moins informative qu’une courbe complète. L’historique permet de déterminer la durée des dépassements, leur fréquence et leur corrélation avec l’occupation du local.
Le guide du Cerema sur la surveillance du confinement de l’air apporte des précisions sur l’utilisation de ces seuils dans les ERP concernés.
Quelle réglementation encadre la qualité de l’air intérieur ?
La surveillance de la QAI dans certains ERP en France
Depuis la révision du dispositif entrée en vigueur le 1er janvier 2023, certains établissements recevant du public doivent mettre en œuvre une surveillance réglementaire de la qualité de l’air intérieur.
Le dispositif concerne notamment les établissements accueillant de jeunes enfants, les accueils de loisirs, les établissements d’enseignement ainsi que certaines structures sociales, médico-sociales et sanitaires.
Cette surveillance comporte notamment :
- une évaluation annuelle des moyens d’aération, incluant une mesure à lecture directe du CO₂
- un autodiagnostic de la qualité de l’air intérieur au moins tous les quatre ans
- une campagne de mesure des polluants réglementés après certaines étapes importantes de la vie du bâtiment
- la mise en place et l’actualisation d’un plan d’actions.
Les campagnes réglementaires nécessitant des prélèvements et des analyses doivent être réalisées par des organismes accrédités. Un capteur connecté destiné au suivi opérationnel d’un bâtiment ne remplace donc pas automatiquement ces prestations réglementaires.
Le détail du dispositif est disponible dans le décret n° 2022-1689 relatif à la surveillance de la qualité de l’air intérieur.
La directive européenne EPBD
La directive européenne 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments, également appelée EPBD, élargit la notion de performance du bâtiment à la qualité de l’environnement intérieur.
Elle renforce notamment la place du suivi, de la régulation et des systèmes d’automatisation dans les bâtiments. La température, l’humidité, la ventilation et la qualité de l’air intérieur deviennent ainsi des données importantes pour exploiter simultanément la performance énergétique et le confort des occupants.
L’EPBD ne définit pas un seuil universel de CO₂ applicable à tous les bâtiments. Ses modalités concrètes dépendent des dispositions nationales prises pour sa mise en œuvre. Les orientations de la Commission européenne sur l’EPBD confirment néanmoins le rôle croissant de la mesure continue et du pilotage intelligent des équipements techniques.
Comment intégrer les mesures de qualité de l’air dans une GTB ?
Pour qu’une mesure soit réellement utile, elle doit pouvoir déboucher sur une action.
L’intégration des données dans une GTB permet notamment de :
- visualiser les concentrations de CO₂ par zone
- générer une alerte lorsqu’un seuil est dépassé
- comparer les valeurs avec les périodes d’occupation
- vérifier les horaires de fonctionnement de la ventilation
- identifier les locaux présentant des dépassements récurrents
- ajuster les consignes ou les débits lorsque l’installation le permet
- conserver un historique avant et après une intervention.
Dans un bâtiment existant, le déploiement de capteurs radio évite généralement d’ajouter un câblage de communication dans chaque pièce. Cette approche facilite l’instrumentation d’un bâtiment dans le cadre d’un projet de rénovation ou d’extension de GTB.
Découvrez les solutions Enless dédiées au suivi de la qualité de l’air.
Mesurer le CO₂, la température et l’humidité avec Enless
Le capteur CO₂, température et humidité Enless permet de suivre en continu les principaux paramètres d’ambiance d’un bâtiment.
Sa cellule NDIR mesure la concentration en CO₂ sur une plage de 0 à 5 000 ppm. Le capteur transmet également les valeurs de température et d’humidité.
Il peut fonctionner en LoRaWAN ou avec le protocole LoRa Easy Enless. Les données peuvent ainsi être acheminées vers la GTB à travers une architecture de réception adaptée au bâtiment.
Le capteur dispose également :
- d’un indicateur lumineux pour informer les occupants
- de seuils d’activation configurables
- d’une alimentation sur batterie remplaçable
- d’une alimentation USB-C optionnelle
- d’une détection d’arrachement
- d’une autonomie pouvant atteindre cinq ans selon la configuration d’utilisation.
Cette solution est particulièrement adaptée aux bureaux, écoles, crèches, hôtels, musées et autres bâtiments dans lesquels l’ajout de câbles serait complexe ou coûteux.
Que faire lorsque la qualité de l’air se dégrade ?
La mesure n’améliore pas directement la qualité de l’air : elle aide à identifier les situations qui nécessitent une intervention.
Selon la cause observée, différentes actions peuvent être envisagées :
- aérer ponctuellement les locaux
- contrôler et entretenir les équipements de ventilation
- vérifier les débits d’air neuf
- adapter les horaires de fonctionnement de la ventilation
- réduire ou remplacer une source de pollution intérieure
- revoir l’organisation ou l’occupation d’une pièce
- ajuster le pilotage du système CVC
- réaliser une expertise complémentaire lorsqu’un polluant spécifique est suspecté.
L’efficacité de ces actions peut ensuite être vérifiée en comparant les données enregistrées avant et après leur mise en œuvre.
Questions fréquentes sur la mesure de la qualité de l’air intérieur
Quelle technologie choisir pour mesurer le CO₂ ?
La technologie NDIR est généralement privilégiée. Elle repose sur l’absorption infrarouge du CO₂ et permet une mesure sélective de sa concentration.
Pourquoi connecter les capteurs de qualité de l’air à la GTB ?
La connexion à la GTB permet de centraliser les données, de générer des alertes, d’analyser les historiques et, lorsque l’installation le permet, d’adapter le fonctionnement de la ventilation aux conditions réelles du bâtiment.
Mettre en place une mesure de la qualité de l’air
Une stratégie efficace repose sur trois éléments : des capteurs correctement positionnés, une transmission fiable des données et des actions définies en cas de dépassement.
Les solutions radio Enless permettent d’ajouter la mesure du CO₂, de la température et de l’humidité dans des bâtiments neufs ou existants, puis de transmettre ces informations vers la GTB.
Découvrez le capteur CO₂, température et humidité Enless ou contactez notre équipe pour définir l’architecture adaptée à votre bâtiment.